Tampons : la guerre est-elle déclarée ?

Tampons : la guerre est-elle déclarée ?

Tampons : la guerre est déclarée ?

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Hélène Demarly

Une femme utilise en moyenne 11 000 tampons au cours de sa vie. Mais depuis plusieurs mois, ce dernier n'a plus vraiment la cote. Pointé du doigt pour son prix, jugé trop élevé, il est aussi accusé de polluer et surtout de présenter un potentiel risque sanitaire. Décryptage d'un désamour.

Le tampon : est-il seulement en coton ?

S'il était au départ, composé à 100% de fibres de coton, les fabricants y ont ajouté d'autres composants, afin d'éviter les fuites. On y trouve donc des fibres synthétiques hautement absorbantes comme le polyester, le polyacrylate, la viscose ou encore la cellulose. Il faut ajouter à tout ça, le procédé utilisé pour blanchir le coton : par agents chimiques, par oxygénation, ou bien avec du chlore, qui au contact de la viscose forme de la dioxine, une substance hautement toxique. Cette dioxine, présente en petite quantité dans les tampons, est qualifiée de "substance cancérigène" par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS).Le problème ? il est impossible de savoir ce qu'une boite de tampons contient, car les fabricants ne sont pas tenus d'en indiquer la composition. Pour Nelly Lapierre, chef de produits des magasins biologiques Euro-Nat, la raison est évidente : "Les lobbys autour de cette industrie sont tellement importants que les ingrédients réels continuent à être cachés, et les femmes à ignorer de quoi sont composées leurs protections".

"Nous n'avons aucune idée de l'effet des tampons sur le corps d'une femme, à long terme"

Ce sont les mots de la députée Américaine Carolyn Maloney, (surnommée Mrs Tampon), qui se bat pour la mise en place d'un projet de loi obligeant les industriels à révéler leurs "recettes" de fabrication : "Vous savez où va votre tampon, il serait temps de savoir ce qui va avec", expliquait-elle au Guardian en avril dernier.

Car au-delà des mycoses, sécheresses et autres démangeaisons possibles, les tampons peuvent entraîner une maladie infectieuse grave, voire mortelle, mais souvent méconnue : le SCT, le syndrome du choc toxique. Causé par un staphylocoque doré, elle atteint rapidement plusieurs organes, et peut entraîner la mort si elle n'est pas soignée à temps. C'est d'ailleurs écrit en toutes lettres sur le site de la marque Tampax : "Vous pouvez réduire le risque de SCT en utilisant une serviette, plutôt qu'un tampon". En juin dernier, le témoignage de Lauren Wasser, une jeune mannequin de 27 ans, amputée de la jambe à la suite d'un SCT, avait fait le tour du monde. Elle est d'ailleurs en plein procès contre la marque de tampon Kotex et est devenue l'une des porte-parole du mouvement de sensibilisation sur la dangerosité des tampons. Face à la possible toxicité des protections menstruelles, les pétitions (d'ONG américaines notamment) et les initiatives plus écologiques se multiplient.

Quelles alternatives ?

Bien sûr, il ne faut pas diaboliser les protections périodiques habituelles, mais il faut savoir qu'il existe tout de même de nombreuses alternatives possibles, plus écologiques, moins chères, et avec moins de risque pour la santé des femmes :- Les tampons et serviettes biologiques, en cellulose végétale : on les trouve en magasins bio ou dans certaines parapharmacies.- La coupe menstruelle : cette coupelle ventouse en silicone dotée d'une tige, est en plein essor. D'une durée de vie de 10 ans (elle se nettoie à l'eau bouillante), son prix varie de 10 à 30 euros, ce qui permet de faire une sacrée économie sur le long terme.- Les serviettes lavables : pour les adeptes du "do it yourself ", on trouve maintenant différents kit pour se fabriquer ses propres serviettes en tissu, lavables en machine.- Les éponges menstruelles : des éponges de mer naturelles qui ne dessèchent pas la flore vaginale.

Les choix radicaux

Des règles sans tampons, ni serviettes ou mooncup... C'est le choix que font les femmes adeptes du "flux instinctif libre" ou les règles sans protection. En contractant leur périnée, elles arrivent à ne laisser s'écouler le sang qu'une fois aux toilettes. Cette technique venue des États-Unis ("free flow instinct") connaît de plus en plus d'adeptes en France, qui expliquent dans diverses vidéos en ligne comment faire pour y arriver. Mais les avis sont partagés. Car dans la pratique, cette méthode se révèle compliquée et contraignante.

Plus extrême : le "free bleeding". Certaines femmes décident de se passer totalement de protections périodiques, considérant ce geste comme une libération de leur corps, voyant tampons et serviettes comme une invention de l'homme pour les asservir. On voit ainsi fleurir des Tumblr où s'affichent des photos de femmes pendant leurs règles avec du sang entre leurs jambes.

Ainsi, la semaine dernière, la presse anglaise dévoilait l'histoire de Kiran Ganghi, batteuse de la chanteuse M.I.A qui a couru le marathon de Londres en avril dernier, sans aucune protection, alors qu'elle avait ses règles : "Pour toutes les femmes qui n'ont pas accès aux produits d'hygiène féminine dans le monde et toutes celles qui sont gênées d'avoir leurs règles." La jeune femme s'est vue attirer un bon nombre de réactions sympathiques, estimant qu'elle libérait le tabou des règles.

Alors, est-ce bientôt la fin des tampons ? Rien n'est moins sûr. "Free bleeding" et "free flow instinct" restent pour le moment des courants marginaux, et même si les alternatives aux protections périodiques conventionnelles progressent, la majorité des femmes continuent d'acheter tampons et serviettes industrielles.

 
2 commentaires - Tampons : la guerre est-elle déclarée ?
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