Les gros mots ? C'est bon pour la santé !

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S'ils n'étaient pas tabous, les gros mots n'auraient pas plus d'effet que les autres.
S'ils n'étaient pas tabous, les gros mots n'auraient pas plus d'effet que les autres.
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© Adobe Stock, kegfire

Jessica Rat

Tous les mots ne se valent pas. Certains sont jugés élégants, par une certaine rareté ou une orthographe alambiquée. D'autres, au contraire, sont si mal interprétés qu'ils sont appelés "gros mots". Pour autant, cela ne les empêche pas d'être employés par le commun des mortels. Alors, pourquoi le juron est-il donc si populaire ? C'est qu'il semblerait avoir un véritable impact sur le corps et l'esprit...

Un tabou ancré depuis l'enfance

Preuve que certains mots blessent plus que d'autres : "Nous savons qu'il y a des réactions physiologiques lorsque l'on jure ou que l'on entend un juron", énonçait Benjamin K. Bergen auprès de The San Diego Union-Tribune en septembre 2016. "Votre tension artérielle augmente, votre rythme cardiaque accélère, le sang circule dans vos extrémités, vous commencez à transpirer", poursuivait l'auteur de "What the F", un livre qui explore "ce que les jurons révèlent de notre langage, nos cerveaux et nous-mêmes". Ce professeur de l'Université de San Diego estime qu'une telle réaction physique s'explique par "une certaine menace associée à ces mots". Et de faire remarquer : "Ils sont tabous. Vous n'êtes pas censé les prononcer. C'est ce que l'on nous apprend dès le début de notre vie."

Le juron, un anti-douleur efficace

D'autres chercheurs vont plus loin et estiment que, ainsi stimulé par l'interdit voire le danger, le corps pourrait avoir une véritable réaction bénéfique à l'emploi de gros mots. Inspiré, dit-il, par sa femme qui en a prononcé toute une flopée pendant l'accouchement de leur fille, Richard Stephens a ainsi mené différentes études portées sur l'effet que les jurons et autres insultes peuvent avoir face à la douleur. Le professeur de l'Université de Keele a d'abord demandé à des étudiants volontaires de plonger les mains dans de l'eau glacée. "Nous avons découvert que ceux qui jurent supportaient la douleur (...) plus longtemps, l'ont notée comme moins pénible, et ont fait preuve d'une augmentation de la fréquence cardiaque plus importante comparé à ceux qui ont répété un mot neutre", a-t-il rapporté dans un papier publié en février 2017 sur le site The Conversation.

Et si dire des gros mots rendait plus fort ?

Interrogé par The Independent trois mois plus tard, il explique : "Une raison possible est que (le fait de jurer) stimule le système nerveux parasympathique - c'est le système qui fait battre la chamade à votre coeur quand vous êtes en danger." Soupçonnant qu'un tel effet devrait aussi survenir pour aider à surmonter un effort physique, Richard Stephens a alors trouvé de nouveaux cobayes pour leur demander cette fois de prononcer des gros mots juste avant une courte séance intense de vélo, entre autres. Et les résultats sont encore sans équivoque : leurs performances s'en voyaient améliorées, suggérant donc que le fait de jurer peut également rendre plus fort. Le tout étant, bien sûr, de ne pas trop user de noms d'oiseaux au quotidien, au risque de les dédramatiser... et donc de leur faire perdre tout leur impact.

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