Le sac en plastique, nouvel objet luxe ?

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Street style aux abords du défilé Loewe à Paris, le 2 mars 2018.
Street style aux abords du défilé Loewe à Paris, le 2 mars 2018.
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© Abaca, Bertrand-Hillion Marie-Paola

Azza Kamaria

Aux abords des défilés de mode, les invités et les gros clients, habitués à arborer des sacs de luxe, ont troqué le cuir, le croco et autres matières pour du bon vieux plastique. Surprenant ? Pas tant que ça.

Depuis le 1er janvier 2017, le sac en plastique à usage unique est interdit dans tous les commerces. La même année, sa version revisitée devient un essentiel de la garde-robe des modeuses. Si l'utilisation de sacs en plastique comme accessoire mode ne date pas d'hier, et que Raf Simons s'était aussi prêté à l'exercice en 2011 pour Jil Sander, sa popularité n'a jamais atteint le niveau d'aujourd'hui.

"La rue" est à la mode

De la même manière que les rappeurs et les stars du r'n'b s'habillent désormais en Balmain, que les sweat-shirts et les joggings défilent sur les podiums, et qu'il faut faire la queue pour s'acheter une paire de sneakers dite "moche", le sac en plastique appartient à un phénomène de vulgarisation du luxe. La rue est à la mode et les grandes maisons reprennent ses codes et les rendent inaccessibles. Pour sa collection printemps-été 2017, comme pour la précédente, la maison Balenciaga a fait défiler des sacs de la même forme et du même imprimé que les housses de rangement de couvertures et que les cabas à carreau Barbès. Avant ça, en 2015, Riccardo Tisci chez Givenchy proposait un sac en plastique aux allures de sac de congélation. La question que tout le monde se pose est : pourquoi acheter un sac en plastique à plusieurs centaines, voire milliers d'euros, quand le même est disponible à la caisse du supermarché le plus proche de chez vous ?

Dans un article posté sur son blog, la journaliste Fiona Schmidt répond à cette question par une autre question tout aussi pertinente : "Si les pauvres jouent aux riches, un sac griffé plus ou moins casher accroché au coude, pourquoi les riches ne joueraient-ils pas aux pauvres, avec des contrefaçons de précarité ? Hein ?". Ainsi, il semblerait que la tendance se soit inversée. La classe moyenne est devenue cool.

Éveiller une conscience écologique ?

Ces derniers mois, de nombreuses marques telles que Gucci ou Burberry ont annoncé que désormais elles n'utiliseraient plus de vraies fourrures, d'autres, comme Balenciaga, attendent la demande avant même de créer l'offre dans le but d'éviter le gaspillage... La mode qui a toujours été une des industries les plus polluantes du monde a visiblement décidé de jouer un rôle dans l'éveil des consciences écologiques. L'arrivée du sac plastique sur les podiums vient lui apporter de la valeur et fait songer à deux fois avant de jeter son sac dès la première utilisation.

En effet, le sac en plastique est tellement vu comme un objet sans importance et sans valeur que, chaque année, des milliards de sacs sont jetés dans la nature. Et si la solution pour une planète plus propre était de ne plus commercialiser que des sacs en plastique à 500 euros ? Celui-là, au moins, on ne risque pas d'avoir envie de le jeter.

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