Congélation des ovocytes : pourquoi cela fait débat

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La congélation des ovocytes permet aux femmes d'essayer de tomber enceinte même quand leur fertilité décline.
La congélation des ovocytes permet aux femmes d'essayer de tomber enceinte même quand leur fertilité décline.
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© Adobe Stock, romaset

Marine de Guilhermier

Si certains pays autorisent les femmes à conserver leurs ovocytes afin de pouvoir procréer tardivement, ce n'est pas le cas de la France où le sujet fait débat. La rédaction fait le point sur cette technique qui a autant de défenseurs que de détracteurs.

Aujourd'hui, si une Française veut congeler ses ovocytes (les cellules sexuelles qui peuvent évoluer en ovules) afin de les utiliser plus tard pour une fécondation in vitro (FIV), elle doit se rendre dans un pays comme la Belgique ou l'Espagne. En effet, l'Hexagone n'autorise pas pour l'instant la vitrification ovocytaire pour toutes. En juin 2017, le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) s'est ainsi prononcé contre l'autoconservation des ovocytes dite "sociétale". En revanche, la congélation est autorisée en cas de traitement pouvant entraîner une stérilité, comme une chimiothérapie ou une endométriose sévère, mais aussi pour les femmes faisant dons de leurs ovules. Ces dernières peuvent alors en conserver une partie pour leur convenance personnelle. Mais pourquoi donc cette technique n'est-elle pas ouverte à toutes ?

Passer outre l'horloge biologique

Cela fait de nombreuses années que le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) s'affiche favorable à l'autoconservation des ovules pour toutes les femmes, quelles que soient leurs raisons. Un point de vue partagé par l'Académie de médecine depuis 2017. Car aujourd'hui, les Françaises ont leur premier enfant de plus en plus tard. Or, la fertilité baisse significativement à 35 ans et encore plus quand elles atteignent la quarantaine. Pouvoir congeler leurs ovocytes permettraient donc aux femmes concentrées sur leur carrière ou n'ayant toujours pas trouvé le père idéal de ne pas s'inquiéter de leur horloge biologique.

Des risques importants ?

Mais pour le CCNE, la procédure est tout simplement trop agressive et le risque de complications trop grand. Ce que réfute l'Académie de médecine qui, tout en admettant que "la démarche n'est jamais anodine, toujours pénible, (et qu') elle expose à des complications rares (1% sur 4 000 cycles de don), parfois sérieuses ou sévères", considère les risques "comme négligeables". Tout de même, si autorisée, la pratique pourrait encourager les grossesses tardives et donc risquées, notamment après 45 ans. Cela peut aussi entraîner des faux espoirs car le taux de réussite n'est évidemment pas de 100%. Sans compter que congeler ses ovocytes a un coût important, que toutes les femmes ne pourraient pas se permettre, ce qui créerait donc des inégalités. Et si une prise en charge était envisagée, c'est à la société tout entière que cela pourrait coûter cher.

Des règles qui pourraient être mises en place

Joëlle Belaisch-Allart, gynécologue-obstétricienne et membre du CNGOF, proposait quelques pistes pour minimiser les risques et débordements d'une telle pratique dans un article paru sur le site magicmaman.com en 2015. D'abord, que la conservation des ovocytes se fasse "autour de 35 ans, pas après, car (ils) seraient trop vieux", ni avant car "cela risquerait de ne servir à rien". Et d'ajouter : "Quant à l'âge limite pour la réimplantation de l'oeuf, il devrait tourner autour de 45 ans." Ce que préconise aussi l'Académie de médecine.

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