Éducation : le niveau des élèves a-t-il vraiment diminué ?

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En quinze ans, le niveau des écoliers français a considérablement baissé.
En quinze ans, le niveau des écoliers français a considérablement baissé.
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© iStock, BraunS

Marc-Emmanuel Adjou

Une récente étude du PIRLS, Programme international de recherche en lecture scolaire, atteste du faible niveau des écoliers français en compréhension de l'écrit. 34e sur 50, la France fait partie des rares pays à voir son rang décliner.

Si vous avez grandi avec des livres entre les mains, vous êtes sans doute familier du "Club des Cinq". Sous la plume d'Enid Blyton, la saga romancière suivait les aventures d'apprentis détectives, tantôt à la recherche d'un trésor, tantôt sur les traces de malfaiteurs. Le tout, avec un style mêlant passé simple, langage soutenu et dialogues à rallonge, sans pour autant décontenancer son jeune lectorat. Mais comme le rapporte L'Obs dans un article paru en avril 2017, le "Club des Cinq" a bien changé depuis sa première édition française (1955). À partir de 2005, le passé simple a totalement disparu du récit. Le vocabulaire y est désormais simplifié, tandis que le texte, lui, est raccourci. Le motif invoqué par l'éditeur ? Rendre la lecture "facile".

Les Français, écoliers moyens

Coïncidence ou non, ce constat fait écho à un autre nettement plus inquiétant : en quinze ans, le niveau de compréhension à l'écrit des écoliers français a considérablement baissé. Dans un rapport publié en décembre 2017, le PIRLS (Programme international de recherche en lecture scolaire), a évalué les performances de nos petites têtes blondes de niveau CM1, et son constat est sans appel. Si la France se situe dans la moyenne internationale, elle reste à la traîne comparée à ses camarades européens, siégeant à 34e place du top 50. "Ce ne sont pas des résultats dignes de notre pays", commentera Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Éducation nationale, lors d'une conférence de presse organisée dans la foulée. L'Hexagone est en effet l'un des seuls pays à chuter dans le classement, après les Pays-Bas.

Génération Internet

Inégalités scolaires, programmes simplifiés... Les raisons de ce déclassement sont multiples, mais selon de nombreux penseurs, les avancées technologiques et leurs influences sur le système éducatif sont en partie à blâmer. "L'introduction du numérique entraîne une transformation très profonde des manières d'enseigner et plus généralement du rapport de la société à l'enseignement", expliquait le philosophe Marcel Gauchet à L'Express en octobre 2014. Puis de renchérir : "En lui-même, le médium numérique n'a aucune doctrine pédagogique particulière. Il est neutre. Mais, là où il rencontre directement le problème scolaire, c'est qu'il considère l'acte individuel de recherche comme point de départ de tout." Internet aurait donc bouleversé les codes de l'enseignement, et pas qu'un peu. Mais pour Marcel Gauchet, "cette concurrence par le numérique ne marginalise pas l'Éducation nationale (...). Elle oblige le système éducatif à clarifier ses missions, ses objectifs".

Quelles solutions ?

Et Jean-Michel Blanquer est bien décidé à suivre ce conseil. Suite à l'étude du PIRLS, le ministère a annoncé vouloir engager de nombreuses mesures pour relever le niveau des écoliers français. Parmi elles, le retour de la dictée quotidienne en primaire, ainsi que le lancement de nouvelles évaluations. Mais la solution n'enchante pas le corps enseignant, qui déplorait au Parisien, un exercice "qui ne répond absolument aux problèmes de compréhension de l'écrit mis en lumière par PIRLS". Toutefois, le ministre reste optimiste : "Notre pays a été parmi les tout premiers en Europe, il va le redevenir." Probablement pas en lisant le nouveau "Club des Cinq"...

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