La glottophobie : quand la discrimination passe par l'accent

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La glottophobie, c'est par exemple un recruteur qui rit de votre accent durant un entretien d'embauche.
La glottophobie, c'est par exemple un recruteur qui rit de votre accent durant un entretien d'embauche.
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© Adobe Stock, stokkete

Marine de Guilhermier

Peu connu du grand public, le mot glottophobie désigne la discrimination linguistique, qui, bien que l'on en parle peu, est en réalité très répandue en France.

Vous vous êtes déjà vu refuser un emploi à cause de votre accent ? Vous vous êtes sentie obligée de gommer votre accent ch'ti après des réflexions désobligeantes en vous installant à Paris ? Alors vous avez été, peut-être sans vous en rendre compte, victime de glottophobie. Ce mot a été inventé par le sociolinguiste Philippe Blanchet, enseignant à l'Université de Rennes 2, au cours des années 1990. Dans un entretien publié sur le site de Libération en 2016, celui-ci l'explique ainsi : "Je le définis comme le fait d'exclure des personnes de l'accès à des droits ou à des ressources comme la vie publique, l'éducation, l'emploi, le logement, les soins, etc. parce qu'on considère incorrectes, inférieures ou mauvaises et de façon arbitraire des langues, des usages d'une langue ou des façons de parler, sans toujours avoir pleinement conscience de l'ampleur des effets produits sur ces personnes."

Une discrimination très courante...

Pas reconnue par la loi, cette forme de discrimination n'en est pas moins répandue, que cela soit de façon consciente ou non. Mais tous les accents ne sont pas logés à la même enseigne. Pour le chercheur, celui du Midi est le moins pénalisé. "C'est l'accent du soleil, l'accent des vacances", indique-t-il à Libération avant de poursuivre : "Ensuite, vous avez l'accent breton, alsacien, ch'ti... Et tout en bas, l'accent des banlieues : le plus discriminant." Et selon Philippe Blanchet, ce sont des millions de personnes qui sont touchées par ce phénomène, parfois très douloureux. "Rejeter, même sur le ton de la blague, une manière de parler, un accent, une langue, ce n'est pas simplement dire : ici, on utilise tel logiciel pour communiquer plutôt que tel autre. Mais c'est toucher à l'identité de l'être, rejeter ce qu'il est", assure-t-il.

...notamment en France

Le sociolinguiste révèle aussi dans son entretien à Libération que la glottophobie est bien plus présente dans l'Hexagone, où la prononciation parisienne est considérée comme la norme, que dans n'importe quel autre pays. "En France, on considère les différences dans les manières de parler comme des déviances, comme autant d'obstacles à la vie commune", affirme Philippe Blanchet.

Dans une étude publiée sur le sujet en 2015, Slate a compilé de nombreux témoignages comme celui d'un Perpignanais "à l'accent marqué" qui raconte : "Lors d'un entretien pour un poste dans un grand musée (parisien), les recruteuses avaient envie de rire. La question des origines est vite venue et je n'ai pas eu le boulot."

Et le linguiste Médéric Gasquet-Cyrus de confirmer que dans le milieu professionnel "l'accent ne fait pas sérieux, est perçu comme un handicap et les autres vous le font sentir". Aussi, de nombreuses personnes y renoncent en pensant ne pas avoir d'autres choix. Certains le font par eux-mêmes quand d'autres font appel à des accentologues ou orthophonistes qui, à l'aide de différents exercices, leur permettent d'abandonner leurs accents afin de ne plus subir de discrimination. C'est par exemple le cas dans le récent film de Dany Boon, "La Ch'tite famille".

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