Le bore-out : malade d'ennui au travail

Le bore-out : malade d'ennui au travail
Le bore-out : malade d'ennui au travail
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Hélène Demarly

Payer à ne rien faire. Le travail idéal ? Pas si sûr, car les salariés qui s'ennuient pourraient souffrir de bore-out, le syndrome d'épuisement par l'ennui, aux conséquences graves sur la santé physique et mentale.

Alors que le burn-out (l'épuisement professionnel lié au stress) est en passe d'être reconnu comme une maladie professionnelle, on parle de plus en plus de son opposé : le bore-out, un trouble psychologique tout aussi grave qui concernerait pas moins de 30% des salariés.

Le concept a vu le jour en 2007, avec le livre Diagnosis Boreout (diagnostic du bore-out). Dès l'année suivante, une enquête est faite à l'échelle européenne sur plus de 11 000 personnes. Le constat est terrible : 32 % des salariés occupent un poste où ils n'ont rien à faire. Alors que l'on imaginait le stress comme le facteur numéro 1 des dépressions liées au travail, l'ennui serait en réalité le principal problème d'un bon nombre de salariés.

Comment l'expliquer ?

Selon le cabinet d'expertise professionnelle Technologia, les secteurs les plus concernés sont ceux de la Fonction publique et du secteur tertiaire. Le bore-out touche des postes ennuyeux par essence, ou alors sans responsabilités, sans possibilités d'évolution et où l'employé est surqualifié. Problème : même si le salarié manque de tâches à accomplir, il préférera "faire semblant" plutôt que de risquer d'être licencié.

Déjà en 2010, Aurélie Boullet avait décrit ses longues journées d'ennui dans son livre Absolument dé-bor-dée en 2010, où elle expliquait que son travail de cadre dans la Fonction publique consistait à "faire 35 heures en...un mois".

Un ennui mortel

Les salariés atteints de bore-out décrivent un "sentiment d'inutilité", une impression de "mise au placard", qui engendre manque d'estime de soi et insatisfaction. Pour s'occuper, ils trouvent des solutions : accomplir chaque tâche avec une lenteur extrême, passer son temps sur Internet, ou encore prendre des pauses à rallonge.

Un problème qui paraît sans conséquence, mais qui est en réalité aussi grave que le burn-out : une souffrance au travail pouvant amener à la dépression profonde. Et l'expression "s'ennuyer à mourir" prend ici tout son sens, puisque selon les spécialistes, notamment ceux du journal d'épidémiologie d'Oxford, le bore-out multiplierait par trois le risque de maladies cardiovasculaires. Les gens qui s'ennuient auraient aussi une propension plus grande aux comportements à risque : consommation excessive d'alcool et de tabac et usage de médicaments plus fréquent.

Un phénomène tabou

À la différence du burn-out, le bore-out est vécu comme une honte, rendant le phénomène compliqué à enrayer. Difficile en effet d'avouer que l'on s'ennuie, quand le contexte de crise économique force à rester en poste de peur de se retrouver au chômage.

Christian Bourion, rédacteur en chef de la Revue internationale de psychosociologie, qui a analysé le phénomène, le décrit comme une maladie honteuse d'une société "où il n'y a plus assez de travail pour occuper les salariés, même talentueux, pendant leur temps de travail".

Pourtant, lorsque l'on souffre de bore-out, la meilleure des solution reste d'en parler. Et en premier au médecin du travail pour lui exposer le problème, et réfléchir ensemble à des solutions comme une réorganisation des tâches ou à une formation pour changer de poste.

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