Le vouvoiement est-il voué à disparaître ?

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Dans de plus en plus d'entreprises, collègues, voire même employés et patrons, se tutoient.
Dans de plus en plus d'entreprises, collègues, voire même employés et patrons, se tutoient.
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© Adobe Stock, ivanko80

Marine de Guilhermier

Aujourd'hui sur le déclin, le vouvoiement est généralement réservé aux personnes à qui l'on doit le respect, aux personnes plus âgées que nous ou encore aux inconnus. Au contraire, le tutoiement est de plus en plus présent dans notre société au point d'inquiéter certaines voix.

S'il n'y a jamais eu de loi concernant la pratique du vouvoiement ou du tutoiement, il fut un temps ou le premier était bien plus usité qu'aujourd'hui et où seuls les gens de basse condition étaient tutoyés. Lors de la Révolution d'ailleurs, il avait été instauré un décret de tutoiement obligatoire dans les administrations pour exprimer le lien universel entre les êtres humains. Une pratique égalitaire qui n'avait guère duré. Si le tutoiement s'est bel et bien généralisé depuis cette époque, notamment entre proches, certaines familles ont perpétué la tradition bourgeoise du vouvoiement dans le couple ou des enfants aux parents et grands-parents. Mais aujourd'hui, même ces familles se font rares.

Tout le monde se met au tutoiement

Ainsi, le "tu" s'est peu à peu insinué dans la société au point de même être adopté dans certains slogans publicitaires. Dès le début des années 1980, la marque Dim utilise "Toi, tu sais que le nouveau Dim est paru" pour promouvoir ses produits. En 2012, Ikea décidait aussi de passer au tutoiement dans tous ses supports de communication en Suisse. D'autres marques leurs ont emboîté le pas, afin de créer un sentiment de familiarité avec le consommateur, comme Coca-Cola, Nivea, Adidas et bien d'autres.

Le monde de la publicité n'est d'ailleurs pas le seul à changer, celui de l'entreprise aussi. Dans de plus en plus de boîtes, patrons et employés se tutoient. Ce qui semblait impensable il y a quelques décennies où le vouvoiement était la norme. À la télé aussi, le tutoiement est de plus en plus de mise, Yann Barthès l'utilise par exemple avec ses chroniqueurs dans Quotidien et Arthur avec ses invités dans Vendredi tout est permis. Certains restent cependant attachés au vouvoiement, c'est notamment le cas de Cyril Hanouna et de sa bande de chroniqueurs qui se disent "vous" sur plateau de Touche pas à mon poste.

Mais des irréductibles résistent

Ce qui est sûr, c'est que le déclin du vouvoiement n'est pas au goût de tout le monde. En Suisse romande, où décidément le tutoiement a de nombreux adeptes, des voix s'étaient élevées contre une annonce de recrutement qui utilisait le "tu" pour parler aux candidats. Philippe Messeiller, rédacteur en chef adjoint du Matin, écrivait ainsi en octobre 2017 dans son journal : "J'aime offrir le 'tu' en marque de confiance et d'amitié à venir. Alors quand on me dit tu pour me vendre de la lessive, des téléphones ou même des journaux, mes poils se hérissent."

Il n'est d'ailleurs pas le seul détracteur du "tu", l'académicien Frédéric Vitoux s'était laissé aller à un "Éloge du vouvoiement" en 2013 sur le site de L'académie française dans lequel il déclarait "regretter cette déferlante du tutoiement consécutive à l'esprit de mai 68, quand on s'est efforcé de bannir toute hiérarchie, toute barrière entre les individus, leurs âges, leurs fonctions, entre les élèves et les professeurs...".

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