Manspreading : le phénomène qui dérange dans les transports publics

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Quand les hommes prennent trop de place.
Quand les hommes prennent trop de place.
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© Adobe Stock, Monet

Hélène Demarly

Vous est-il déjà arrivé de vous retrouver dans le métro ou dans le bus assise à côté d'un homme qui, jambes écartées, prend toute la place, vous forçant à vous recroqueviller ? Ce phénomène a un nom, le manspreading, et de plus en plus de voix s'élèvent pour le dénoncer.

Le manspreading est un terme anglais qui pourrait se traduire par "étalement masculin". Il désigne la désagréable habitude qu'ont parfois certains hommes de s'asseoir dans les transports en commun en écartant les jambes, quitte à empiéter sur les sièges adjacents. Afin d'en venir à bout, une campagne anti-manspreading a même été lancée le 6 juin 2017 en Espagne. La mairie de Madrid a mis en place une nouvelle signalétique dans le métro. À côté des pictogrammes habituels, un autre a fait son apparition, demandant aux usagers de fermer les jambes pour ne pas gêner leurs voisins. Des panneaux qui existent déjà à New York, Séoul et Tokyo... Et peut-être bientôt en France ? Pas si sûr, car bien que le sujet fasse beaucoup parler, rien n'est prévu pour le moment, et il demeure absent de la campagne de lutte contre le harcèlement dans les transports prévue pour 2018.

Un symbole de domination physique

Derrière ces jambes écartées se cache une pratique machiste. Une position virile et dominante façon cow-boy pour occuper l'espace, qui tend à signifier que son sexe et ses testicules sont trop volumineux pour fermer les cuisses, poussant les femmes - et parfois d'autres hommes -, à serrer ou croiser les jambes. Selon Hélène Bidard, adjointe à la mairie de Paris en charge de toutes les questions relatives à l'égalité femmes/hommes, et interviewée par LesInrocks, "le manspreading participe à ce sentiment d'insécurité des femmes dans l'espace public". Elle démontre même qu'il existe un lien entre harcèlement et manspreading, expliquant avoir recueilli des "témoignages de femmes qui demandent à un homme de resserrer ses jambes, et ça se finit soit en harcèlement, soit en agression".

Un sujet qui divise

Sur les réseaux sociaux et notamment sur Twitter, de nombreux internautes postent sous le hashtag "manspreading", des photos qui illustrent le phénomène. Des clichés de flagrants délits souvent mal reçus par les adeptes de cette envahissante posture qui vont jusqu'à répondre par des insultes misogynes à celles qui dénoncent le problème. Ces partisans du manspreading avancent plusieurs arguments pour défendre leur cuisses grandes écartées : le manque de place pour les jambes des hommes, le fait que les femmes aussi prennent de la place, notamment avec leurs sacs à main, ou encore le "problème" des testicules, prétextant que cela est désagréable - voire que cela fait mal si elles sont mal placées -, quand ils ferment les jambes. Face à cette lutte contre le manspreading, certains crient à la lubie féministe quand d'autres évoquent un problème avant tout d'incivilité et d'éducation, valable pour les hommes mais aussi pour les femmes. En réalité, lutter contre les jambes grandes écartées dans les transports, c'est tout simplement souhaiter établir un partage équitable de l'espace public.

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