Orthorexie : quand bien manger vire à l'obsession

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Et si manger trop sain n'était pas si sain ?
Et si manger trop sain n'était pas si sain ?
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© iStock, yulkapopkova

Hélène Garçon

Surveiller ce qu'il y a dans son assiette est, a priori, considéré comme une démarche responsable. Pourtant, dans certains cas extrêmes, elle peut s'avérer pathologique, voire dangereuse. Cette crainte de ne pas manger sain porte désormais un nom : l'orthorexie.

Végan, sans gluten, frugivore, locavore... Tous ces nouveaux régimes font maintenant la loi dans nos assiettes et ont tous pour point commun le désir de consommer mieux. Depuis le boom de la junkfood et avec elle, l'accroissement de l'obésité, manger sain est devenu une règle de conduite dans la société actuelle où le contrôle de l'image et du corps est omniprésent. La pression des médias et des réseaux sociaux, qui servent de caisse de résonance à ces nombreuses injonctions dictant une hygiène de vie irréprochable, est parfois telle que certaines personnes ont développé une véritable obsession pour la qualité de la nourriture. On les appelle les orthorexiques.

Une intellectualisation de la nourriture

Du grec orthos "droit" et "orexis" qui signifie appétit, ce trouble du comportement alimentaire (TCA) se différencie de l'attitude qui consiste à privilégier une alimentation saine par le fait de rationaliser la nourriture. "Il s'agit d'une perte de la relation 'naturelle' à l'alimentation qui devient très intellectualisée autour du choix, de l'association et des quantités des aliments choisis pour le repas", nous explique le docteur Corinne Chicheportiche Ayache, médecin nutritionniste spécialisée dans les troubles de l'alimentation.

De la vigilance à l'orthorexie

Mais attention, ce n'est pas parce que vous ne mettez jamais les pieds dans un fast-food ou que vous possédez la carte de fidélité d'un magasin bio que vous êtes orthorexique. Il faut relativiser : vous êtes atteinte de ce TCA lorsque votre vie tourne autour de la nourriture. Contrairement aux anorexiques et boulimiques qui sont obsédés par la quantité, les orthorexiques, eux, sont obnubilés par la qualité des produits qu'ils ingèrent. "La relation de plaisir à l'alimentation disparaît souvent chez les orthorexiques. Ils recherchent en permanence les informations concernant les aliments. L'angoisse autour des allégations, souvent contradictoires, est fréquente avec parfois de véritables peurs paniques", ajoute la spécialiste.

Une exclusion sociale et des épisodes boulimiques

Cette quête de la perfection qui passe par l'alimentation peut, avec le temps, conduire à une perte de lien social, mais aussi à des complications médicales pouvant aller de l'anorexie mentale à des épisodes boulimiques. "Les carences, elles, sont beaucoup plus rares en cas d'orthorexie", assure le docteur Chicheportiche Ayache qui rappelle que l'hyper-contrôle reste "nuisible" à une bonne alimentation. "Il est important de comprendre qu'une alimentation dite 'saine' intègre tout à fait, de façon ponctuelle, le recours à des aliments gras, sucrés, transformés, alcoolisés", indique-t-elle, avant de conclure : "Le plaisir et le partage sont des déterminants essentiels de l'alimentation !"

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