Pénurie de spécialistes médicaux : comment l'expliquer ?

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En France, il faut parfois patienter plusieurs mois pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste médical.
En France, il faut parfois patienter plusieurs mois pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste médical.
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Émilie Nougué

Si les médecins généralistes se font de plus en plus rares en France, les spécialistes manquent aussi cruellement dans la plupart des régions. Quels facteurs expliquent cette pénurie et quelles sont les pistes pour améliorer l'accès aux soins pour tous ?

Aujourd'hui, il faut parfois parcourir des kilomètres pour rencontrer un ophtalmologiste, un gynécologue, un pneumologue ou un pédiatre acceptant encore de nouveaux patients. Pour obtenir un rendez-vous, les Français doivent souvent s'y prendre plusieurs mois à l'avance.

Les origines de la pénurie

Alors que les spécialistes médicaux appartenant à la génération du baby-boom partent peu à peu à la retraite, la population française augmente, vit plus longtemps et se trouve donc plus souvent sujette aux maladies et aux infections. Le numerus clausus, le nombre de places ouvertes pour le passage en deuxième année d'études de médecine, de sage-femme ou encore d'odontologie (médecine dentaire), est régulièrement revu à la hausse depuis les années 2000 pour combler les besoins des Français. Cependant, comme pour les médecins généralistes, le taux de remplacement des spécialistes partant à la retraite n'assure pas encore une relève suffisante. Paradoxalement, le nombre de professionnels de santé en France n'a jamais été aussi élevé et se situe dans la moyenne des pays développés.

La création de déserts médicaux

Au-delà des chiffres, cette pénurie est également causée par une mauvaise répartition des spécialistes sur le territoire. En effet, ils se concentrent dans les grandes villes et dans les régions attractives, comme la Côte d'Azur et le Sud-Ouest. Des lieux qui offrent un fort potentiel de clientèle et qui permettent au conjoint de trouver également un travail. Les zones rurales, délaissées car elles s'avèrent plus contraignantes et moins rémunératrices, deviennent des déserts médicaux. Ainsi, on compte en France six départements dans lesquels il n'y a plus aucun gynécologue médical.

À juste titre, les spécialistes médicaux d'aujourd'hui cherchent à trouver un équilibre entre leur travail et leur vie privée. En plus de privilégier les régions attractives, ils sont de moins en moins nombreux à s'installer en libéral au profit du salariat. Cette baisse de libéraux se répercute sur les hôpitaux, qui doivent gérer un nombre trop important de patients.

Comment corriger cette pénurie ?

Plusieurs pistes ont été mises en place ou sont envisagées pour faire face à ce manque de spécialistes. Le gouvernement souhaite ainsi doubler d'ici 2022 le nombre de centres pluridisciplinaires de santé. Ils permettent aux médecins de mutualiser les coûts, et aux patients de voir plusieurs spécialistes en un seul déplacement. Ces structures pourraient pratiquer de plus en plus la télémédecine, offrant aux patients la possibilité de consulter un médecin à distance par vidéotransmission.

Par ailleurs, la réglementation européenne a facilité l'accueil de spécialistes étrangers en établissant une équivalence de diplômes de médecine. Les spécialistes provenant d'autres pays de l'UE sont tout aussi efficaces que leurs homologues français, moyennant parfois une remise à niveau. Et certains d'entre eux ne voient pas d'inconvénient à s'installer dans des déserts médicaux.

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