Pourquoi n'y a-t-il jamais de chat à l'Élysée ?

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Les chats présentent des qualités difficilement associables à la fonction présidentielle.
Les chats présentent des qualités difficilement associables à la fonction présidentielle.
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© Adobe Stock, mariusz szczygieł

Marc-Emmanuel Adjou

8 millions de foyers français abritent au moins un chat contre 6 millions un chien (enquête Ipsos pour SantéVet réalisée en 2017). Alors, quand verra-t-on un félin se balader dans les couloirs du 55 rue du Faubourg Saint-Honoré ?

Avez-vous déjà entendu parler du chat de l'Élysée ? Non ? Rien de plus normal. Depuis que l'Élysée héberge des chefs d'État, aucun félin n'y a été aperçu. Au fil des années, s'y sont succédé de nombreux chiens, dont Baltique, la chienne de Mitterrand, Dumbledore, le mâle terrier de Sarkozy, Philae, la femelle labrador de François Hollande, et tout récemment, Nemo, le labrador-griffon d'Emmanuel Macron y a pris ses quartiers. Pourtant, de nombreuses études l'attestent : la côte de popularité des chats est nettement supérieure à celle des chiens. Rien qu'en France, plus de 8 millions de foyers possèdent un chat, et "seulement" 6 millions un chien. Et il n'y a que jeter un coup d'oeil aux vidéos humoristiques du Web pour en avoir la preuve : ils en sont régulièrement les stars.

Virilité et sociabilité

Dans un article de fond publié le 31 août 2017, le site Slate.fr s'est posé les même interrogations puis a mené l'enquête. C'est ainsi que l'on apprend que le chien, grâce à ses nombreux attributs sociaux, obtient régulièrement les faveurs de nos dirigeants, au détriment du chat qui lui, ne serait pas en adéquation avec la fonction présidentielle. "Le chien porte des valeurs de loyauté et de fidélité, tout un imaginaire qui fait les affaires des hommes politiques", explique Christophe Blanchard, maître de conférences en sciences de l'éducation à l'université Paris Nord et accessoirement maître-chien. Astrid Guillaume, maîtresse de conférences en sémiotique à l'université Paris-Sorbonne, va plus loin : "Avec un chien, le président se positionne comme le patron et tout le monde doit marcher au pas." Et Véronique Servais, psychologue, de renchérir : "Le chien, avec sa sociabilité extravertie, est plus perçu du côté du masculin."

Le poids des préjugés

Paresseux, affectueux, désobéissants, malicieux... il faut dire que les chats sont des animaux difficiles à cerner. Le félin est souvent associé à la douceur, à la tendresse. Des qualités à mille lieux de la sphère politique. "Le chat, avec sa sociabilité plus subtile, dans la distance et le regard, est du côté du féminin, de l'intérieur", poursuit Véronique Servais, avant d'ajouter qu'il serait davantage associé aux métiers de l'art et de la création. Sergio Dalla Bernardina, ethnologue, évoque de son côté le caractère "démoniaque" qui leur a longtemps été affecté : "Quand le diable s'incarnait au Moyen Âge, il le faisait certes en bouc mais aussi en chat." Des stéréotypes, qui desserviraient donc la cause des boules de poils.

À quand le changement ?

Cela changera-t-il un jour ? Pas de sitôt, mais il n'est pas impossible de voir dans les prochaines années un certain Félix se pavaner dans les couloirs de l'Élysée. "Celui qui arrivera à faire entrer un chat à l'Élysée, ce sera le sien et sûrement un siamois ou un oriental", conclut Astrid Guillaume, arguant que ce dernier devrait alors avoir "l'habitude de marcher en laisse, et d'avoir en quelque sorte une vie de chien". Rappelons que le Général de Gaulle avait pour sa part un chartreux, qui résidait dans son domicile à Colombey-les-Deux-Églises. En attendant, les poules sont les bienvenues : le 24 février 2018, Emmanuel Macron et son épouse ont adopté Agathe, une poule rousse, lors du Salon de l'Agriculture.

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