Violences conjugales : le tabou des hommes battus

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De nombreux cas de violences conjugales envers les hommes ne sont pas recensés. Certaines victimes peuvent ressentir de la honte face à leur situation.
De nombreux cas de violences conjugales envers les hommes ne sont pas recensés. Certaines victimes peuvent ressentir de la honte face à leur situation.
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Christian Pambrun

Si le fléau des violences conjugales faites aux femmes est bien connu, le cas des hommes victimes des coups de leur partenaire reste confidentiel et tabou. Pourtant, des milliers d'entre eux sont maltraités chaque année. Retour sur un douloureux problème trop souvent passé sous silence.

Selon l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, 149 000 hommes ont été victimes de violences au sein de leur couple en 2012 et 2013, contre 398 000 cas déclarés de femmes battues sur la même période. Un homme décède dans ces circonstances tous les 14,5 jours. Selon les statistiques, ces hommes sont plutôt jeunes et possède en général un diplôme de l'enseignement supérieur. Si leurs cas semblent plus rares, c'est sans doute parce qu'une grande partie d'entre eux n'est pas déclarée.

Patriarcat et masculinité, renforts du tabou

Les modèles de domination traditionnels de notre société patriarcale sont certainement en grande partie responsables. Interrogée par L'Express en 2010, Sylvianne Spitzer, fondatrice de l'association SOS Hommes Battus, expliquait ainsi : "Nous sommes encore dans une société latine, où l'homme doit savoir 'tenir' sa femme. La violence féminine est à la fois minimisée et banalisée. Comme toujours, les femmes sont perçues comme inoffensives." Les cas relevés décrivent souvent des violences psychologiques, souvent invisibles pour l'entourage, qui deviennent physiques avec le temps. Les hommes victimes auraient souvent trop honte pour en parler ou porter plainte, et seraient aussi piégés par cette masculinité figée et imposée par la société. Certaines femmes, elles-mêmes battues ou abusées par le passé, peuvent reproduire ce schéma d'agression contre leur partenaire. Il existe aussi des cas d'hommes battus au sein de couples de même sexe.

Des structures publiques cruellement absentes

Le manque de structures pour les hommes battus est à déplorer. SOS Hommes Battus indique sur son site avoir mis son activité en suspens à la date du 1er septembre 2015, faute de moyens. Les campagnes médiatiques sur ce sujet sont absentes ou extrêmement rares, et les drames restent donc souvent cantonnés aux rubriques "Faits divers" des journaux. Le manque d'étude et de recensement à l'échelle nationale ou européenne rend le phénomène difficile à quantifier et à repérer, et donc à résoudre.

Des langues qui se délient

Malgré ce manque de visibilité, certaines victimes osent prendre la parole et raconter leur calvaire. En 2015, le livre témoignage "Ma compagne, mon bourreau" est publié. Son auteur, Maxime Gaget, y décrit la torture et l'asservissement que son ex-compagne lui a fait subir pendant des mois. Elle sera condamnée à deux ans de prison ferme en 2016. Plus récemment, Arte Radio a diffusé "Un homme maltraité", un documentaire podcast retraçant le parcours similaire de Pierrick, qui a subi les violences de son ex-femme pendant 20 ans, jusqu'à ce qu'il porte plainte pour coups et blessures. Ces témoignages, encore peu nombreux, amorcent-ils la fin d'un tabou ?

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