Violences obstétricales : quand les femmes sortent du silence

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Violences lors de l'accouchement : un tabou qui se brise peu à peu.
Violences lors de l'accouchement : un tabou qui se brise peu à peu.
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Hélène Demarly

Actes médicaux non consentis, anesthésie ratée, douleurs, solitude, violence verbale... Alors que Marlène Schiappa, secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, vient d'annoncer un rapport sur les violences obstétricales, de plus en plus de voix s'élèvent pour dénoncer les pratiques de certains praticiens lors de l'accouchement.

Les violences obstétricales, c'est quoi ?

Épisiotomie imposée, péridurale trop ou mal dosée, chirurgie sans anesthésie, attachement lors de l'accouchement, expression abdominale (appuyer fortement sur le ventre pour accélérer la sortie du bébé), mots blessants... Autant d'actes de violences gynécologiques. Et si certains peuvent paraître banals, ils se vivent parfois comme une expérience traumatisante. Selon Marie-Hélène Lahaye, juriste et auteure du blog "Marie accouche là", l'écrasante majorité des femmes subirait d'ailleurs des violences lors de l'accouchement, à commencer par le toucher vaginal, qui, selon elle, est "médicalement injustifié".

L'épisiotomie : loin d'être un passage obligé

Les épisiotomies "ne fonctionnent pas et pourtant on continue de couper le vagin des femmes", raconte Marie-Hélène Lahaye, évoquant une recommandation de 2005 faite par le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), qui confirmait que la pratique n'avait pas de bénéfice. Combien de femmes continuent pourtant d'en subir ? Marlène Schiappa évoquait en juillet dernier le chiffre de "75% d'épisiotomies en France". Un pourcentage - mentionné sur son blog "Maman Travaille" et tiré d'une étude menée sur seulement 983 mères -, contre lequel s'est élevé le CNGOF, qui évoque lui un chiffre beaucoup moins impressionnant de 27%. Problème, l'épisiotomie est demandée dans seulement 15% des cas, selon les chiffres du Ciane (Collectif interassociatif autour de la naissance).

Des syndromes post-traumatiques

Marie-Hélène Lahaye affirme que "6% des femmes" iraient "jusqu'à développer des syndromes suite à des gestes brutaux de la part du personnel soignant lors de leur accouchement". Quant à la dépression post-partum, elle touche jusqu'à 15% des femmes. Les causes restent encore floues en raison du manque d'études sur le sujet mais, selon la jursite, "dans la majorité des cas, c'est lié à un accouchement qui se passe mal, à de la solitude ou à des gestes déplacés lors de l'accouchement".

Quels recours et quelles solutions ?

La première chose à faire si vous estimez avoir été victime de violences obstétricales pendant votre accouchement est "d'écrire à l'hôpital en notant tous les dysfonctionnements". Après ce processus, certaines femmes, faute d'être entendues, vont jusqu'à porter plainte. Mais "aucune plainte n'a abouti pour le moment", explique Marie-Hélène Lahaye. Ce processus lent et coûteux en décourage d'ailleurs plus d'une.

Plus de moyens accordés aux hôpitaux, une meilleure formation des médecins et des sages-femmes, une remise en question des professionnels de santé et un développement plus poussé des alternatives à l'accouchement à l'hôpital sont sans aucun doute les pistes à envisager pour en finir avec les accouchements dans la violence.

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