Comment sauver le patrimoine français ?

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La Tour génoise (Cap Corse), fait partie des 18 sites français prioritaires sélectionnés par le Gouvernement pour figurer au Loto du patrimoine.
La Tour génoise (Cap Corse), fait partie des 18 sites français prioritaires sélectionnés par le Gouvernement pour figurer au Loto du patrimoine.
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© iStock, Naeblys

Fabien Gallet

Églises, ponts, châteaux, moulins, fontaines... en France, le patrimoine regorge de trésors matériels. Mais avec le temps, ces derniers voient leur état se dégrader, parfois jusqu'à la destruction.

"Quand on parle du patrimoine, on parle de l'identité de notre pays. C'est une cause nationale, qui engage l'État", assurait Emmanuel Macron à l'Élysée en mai 2018. Voilà une question qui tient à coeur au Président, comme à bon nombre de Français. Reste à savoir comment préserver les milliers de joyaux qui ne bénéficient pas de ressources financières suffisantes pour assurer leur entretien.

L'État et la FDJ, ligués pour le patrimoine

Fin 2017, le Gouvernement a décidé d'agir. Emmanuel Macron a ainsi confié à Stéphane Bern la mission d'identifier les monuments en péril sur le sol français. En partenariat avec la Fondation du patrimoine (FDP) et la Française des Jeux (FDJ), ce dernier a dressé une liste de 2 000 sites dont 251 ont été jugés prioritaires. Au final, 18 projets de restauration ont été sélectionnés et dévoilés fin mai pour participer à un jeu à gratter baptisé "Mission patrimoine". Ce loto de grande envergure sera mis en place courant septembre 2018 avec la mise en vente de billets à 15 euros l'unité.

Objectif ? Récolter 15 à 20 millions d'euros pour financer la réfection de ces 18 biens patrimoniaux (le Fort Cigogne dans l'archipel des Glénan ou encore la Maison rouge de Saint-Louis de La Réunion...). La loterie devrait être reconduite les années suivantes "afin que d'ici la fin du quinquennat, un maximum de projets sur le territoire aient changé de visage", précisait Emmanuel Macron lors de la présentation du projet en mai dernier.

Entre mécénat et financement participatif

Malgré tout, "nous devons trouver de nouvelles sources de financement", estimait Stéphane Bern. Et pour cause, "pour sauver les 2 000 dossiers" retenus, "il faudrait 2 milliards d'euros", confiait Guillaume Poitrinal, président de la FDP, fin mai 2018. Ces aides financières, c'est vers le public qu'il faut aller les chercher. Aussi, une campagne de dons nationale a été lancée par la FDJ et la FDP. En marge de cet appel au mécénat populaire, le mécénat d'entreprise est, de son côté, déjà bien en place. Total, Fimalac, Orange ou encore JCDecaux soutiennent régulièrement les actions de la Fondation.

Ces dons qui donnent lieu à un reçu fiscal, ne sont malheureusement pas forcément assez mis en avant. "Très peu de Français savent qu'ils peuvent bénéficier de déductions d'impôts en investissant dans un monument", nous assure Romain, guide-conférencier depuis une dizaine d'années interrogé par la rédaction. Il ajoute : "Cela reste encore assez peu pratiqué par les sites eux-mêmes puisqu'il faut des gens à temps plein pour trouver de nouveaux investisseurs." De plus en plus passent néanmoins le pas à l'image de grands châteaux dont les fonds publics ne suffisent pas à assurer les travaux de rénovation, ainsi que le révélait le site Les Echos en mai dernier. Chambord, Versailles ou Fontainebleau ont ainsi privilégié le mécénat ou le financement participatif via des plateformes de crowdfunding sur Internet à l'image de Dartagnans.

Éveiller les consciences... dès l'enfance ?

Mais pour pousser le public à donner, encore faut-il susciter un quelconque intérêt à l'égard du patrimoine. Les Journées européennes du patrimoine sont donc les bienvenues, même s'il convient de préciser tout comme l'a récemment rappelé la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, que "50% du patrimoine sont dans des communes de moins de 2 000 habitants". "Notre patrimoine c'est aussi le petit château du coin, la petite église qui se meurt", renchérit Romain.

Aussi est-il important pour la survie du patrimoine d'éveiller les consciences et l'intérêt du public. Et pourquoi pas dès le plus jeune âge ? Nombreuses sont les sorties scolaires qui misent sur les visites de châteaux et autres lieux culturels. "Les activités éducatives et pédagogiques en direction des scolaires sont bien développées dans notre pays. C'est quelque chose de bien établis et c'est un bon point de notre politique patrimoniale", se félicite le guide-conférencier qui rencontre au quotidien des jeunes satisfaits par la découverte de monuments lesquels ne sont pourtant pas toujours dans le meilleur des états.

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