Que reste-t-il des yéyés ?

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Johnny Hallyday dans une des loges de l'Olympia à Paris, le 26 novembre 1965.
Johnny Hallyday dans une des loges de l'Olympia à Paris, le 26 novembre 1965.
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© Getty Images, Keystone

Fabien Gallet

Avec les disparitions de Johnny Hallyday et France Gall, deux pontes révélés à la même période, celle des yéyés, un pan de la musique française s'est effondré. Que reste-t-il aujourd'hui de ce phénomène ?

Les yéyés, une bande de copains devenus les idoles de toute une génération, celle d'une jeunesse d'après-guerre, qui a marqué les années 1960 et plus encore. Retour sur un phénomène.

Un renouveau sociétal

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la population française est en hausse. Résultat, à l'aube des années 1960, près d'un individu sur trois a moins de 20 ans. Ces derniers, les "baby boomers" grandissent avec les "4P" (progrès, prospérité, plein emploi, paix), ce qu'explique l'historien Jean-François Sirinelli dans le livre "Génération sans pareille" (2016). Dans ce contexte, la jeunesse tend à s'affranchir du modèle sociétal en place, devenant des consommateurs de masse influencés par la culture américaine. Garçons et filles sortent, s'amusent, dansent le twist et écoutent la radio, principalement Europe 1. Une station qui va participer au succès des yéyés...

Salut les yéyés !

C'est avec l'émission Salut Les Copains diffusée dès 1959 qu'elle attire les jeunes auditeurs. Le programme créé par Frank Ténot et Daniel Filipacchi diffuse de 17h à 19h des nouveautés pop signées par de jeunes artistes : Johnny Hallyday, Claude François ou encore Sheila. Ces derniers seront aussi à l'honneur du magazine Salut Les Copains paru en 1962. Le succès est tel que le 22 juin 1963, ce qui devait être un petit concert place de la Nation à Paris pour le premier anniversaire du journal se transforma en manifestation géante réunissant plus de 150 000 jeunes bien décidés à voir leurs idoles sur scène, Johnny en tête.

Un rassemblement qui ne manquera pas de surprendre. Dans Le Monde, le sociologue Edgar Morin utilisera pour la première fois l'onomatopée "yé-yé", transcription du "yeah-yeah" lancé dans les chansons en anglais pour décrire ce phénomène qui selon lui vient "des faubourgs et des banlieues". "Une des significations du 'yé-yé' est 'nous sommes jeunes'", écrira-t-il.

Des copains en voie de disparition

Le mouvement yé-yé est ainsi né et avec lui un genre musical porté par des artistes de divers horizons. Si Salut Les Copains met en avant quelques artistes étrangers (Beatles, Rolling Stones), ce sont surtout les stars françaises qui font la Une. De quoi leur ouvrir les portes de la gloire. C'est le cas du Taulier mais aussi de ses deux compères des Vieilles Canailles, Eddy Mitchell et Jacques Dutronc.

Malheureusement, le temps a passé, le mouvement yé-yé a pris fin à la fin des années 1960 et certains copains sont partis : Johnny Hallyday, France Gall, Michel Berger, Frank Alamo, Richard Anthony...

Qui pour entretenir la flamme ?

Que reste-t-il de ce phénomène de société dans lequel Edgar Morin entrevoyait "les ferments d'une non-adhésion à ce monde adulte d'où suinte l'ennui bureaucratique, la répétition, le mensonge, la mort" ? Sont toujours présents certains piliers : Eddy et Dutronc, Dick Rivers, Christophe, Sheila, Chantal Goya, Sylvie Vartan ou encore Françoise Hardy. Ils sont le porte-étendard d'une jeunesse libérée des codes imposés par la société. Un état d'esprit qui continue d'inspirer bien d'autres artistes. Outre Lio et Etienne Daho dans les eighties, depuis quelques années un revival yé-yé est de mise avec des groupes comme The Pirouettes, Granville, La Femme ou encore Laure Briard.

Mais au final, des yéyés, c'est bel et bien de doux souvenirs (souvenirs) qu'il reste avant tout.

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