"Blackface" : pourquoi se donner une autre couleur de peau peut poser problème

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Al Jolson grimé en noir dans une scène du film "Go Into Your Dance", en 1935.
Al Jolson grimé en noir dans une scène du film "Go Into Your Dance", en 1935.
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© Getty Images, Bettmann

Fabien Gallet

Ce mardi 13 février 2018, nombreux seront ceux qui fêteront Mardi-Gras en se déguisant. C'est votre cas ? Prenez garde à ne pas commettre de faux pas ! Comme celui de vous peindre le visage dans une autre couleur...

En décembre 2017, Antoine Griezmann créait la polémique en postant sur Twitter une photo de lui grimé en basketteur des Harlem Globetrotters noir... Problème, la star du foot français qui avait cru bon de se peindre le visage pour rendre "hommage" aux sportifs qu'il admire tant, n'a pas pensé une seconde aux retombées de son geste. De quoi soulever un débat autour de la question du blackface.

Blackface : qu'est-ce que c'est ?

Le "blackface" trouve surtout ses origines dans l'histoire américaine. Au cours du XIXe siècle, il s'agissait d'une pratique théâtrale visant à caricaturer les personnes à la peau noire. Des comédiens blancs se noircissaient ainsi le visage et les mains lors de spectacles baptisés "minstrel shows". Objectif : rire des individus noirs en les faisant passer pour des attardés portés notamment sur la danse. C'était le cas des prestations de l'acteur Thomas D. Rice à l'aube des années 1830. Ce dernier s'est fait connaître dans une bonne partie du pays en prenant les traits d'un esclave handicapé, Jim Crow. Un personnage qui, quelques années plus tard, donnera son nom aux lois qui ont régi la ségrégation raciale (effective dans les transports en commun par exemple), entre 1876 et 1964. Néanmoins comme le rappelait France Info en 2013, "on retrouve trace de cette pratique en Europe dès le XVIe siècle."

Une pratique raciste

Le blackface s'invite ensuite au cinéma avant de devenir une pratique jugée raciste aux États-Unis, ainsi que l'expliquait au Parisien Louis-Georges Tin, président du Conseil représentatif des associations noires (CRAN) : "Cette réalité a été combattue efficacement par les mouvements afro-américains pour les droits civiques dans les années 60. Mais en France et en Europe, influencées par la colonisation, ça a continué."

En effet, si l'objectif du blackface n'est plus le même - les spectacles ou les films n'ayant plus pour objectif la moquerie des personnes noires - l'acte de se grimer en noir ou autre (blanc, jaune...) pour changer sa couleur de peau reste lui une pratique raciste. Et pour cause, c'est là l'utilisation d'un ensemble de stéréotypes.

Un sujet qui fait débat pendant la période des carnavals

Si aux États-Unis les choses sont claires à ce sujet, en France, cela reste moins évident. En témoigne la polémique signée Antoine Griezmann qui, malgré des excuses publiques, a remis la question au coeur de l'actualité. Pour certains internautes, il ne s'agit là que d'une "simple blague" ou d'un "hommage". Pour d'autres cela relevait du "racisme" et d'un "problème de conscience" ou "d'éducation". Ce genre d'acte a cependant déjà été pointé du doigt par le passé : Michel Leeb et ses sketches dans les années 1980 ou plus récemment Valérie Lemercier dans "Agathe Cléry", film où l'actrice apparaissait grimée en femme noire.

Depuis peu, c'est le bal de la Nuit des Noirs (prévu le 10 mars 2018 dans le cadre du Carnaval de Dunkerque), qui soulève l'indignation, certaines associations antiracistes à l'image du CRAN l'accusant de promouvoir le blackface. "Ces déguisements raciaux prennent à Dunkerque une résonance toute particulière, dans la mesure où la ville (...), a participé au trafic négrier", rappelle Louis-Georges Tin qui, dans une tribune au Monde parue le 10 février dernier, demande un changement de nom pour éviter "toute référence coloniale". De son côté, Patrice Vergriete, le maire de la ville, toujours dans Le Monde, défend le "droit à la caricature", les déguisements étant à ses yeux l'essence de l'esprit du carnaval.

Dans tous les cas, mieux vaut éviter de peindre son visage, que ce soit pour rendre hommage ou accentuer la ressemblance avec un individu d'une autre couleur de peau.

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