Le "phubbing", ou l'art de snober les gens avec son téléphone

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De plus en plus d'individus font acte de phubbing, c'est-à-dire snobent les autres en restant collés à leur portable.
De plus en plus d'individus font acte de phubbing, c'est-à-dire snobent les autres en restant collés à leur portable.
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© iStock, Mixmike

Fabien Gallet

La modernité et le tout-connecté n'ont pas que des effets positifs. Parmi les pratiques de plus en plus répandues, il en est une qui peut poser problème : le phubbing. Focus.

Les Français le consultent en moyenne 26,6 fois par jour selon les résultats d'une enquête menée par le cabinet Deloitte en 2016. Son utilisation a donné naissance à une nouvelle pratique : le "phubbing".

Le téléphone, arme du snobisme

Néologisme créé par un groupe d'universitaires australiens en 2013 et né de la contraction des mots anglais "phone" (téléphone) et "snubbing" (snobant), le phubbing désigne le fait d'ignorer les personnes de son entourage qui tentent de communiquer, en gardant les yeux rivés sur son écran. Une mauvaise habitude devenue en quelques années le nouveau mal du siècle, celui d'une société de plus en plus connectée.

Une manie devenant incivilité, de la rue jusqu'au travail

Elle est visible partout : en famille ou entre amis, au restaurant, dans les transports en commun, dans la rue ou encore sur le lieu de travail. Même à l'Elysée, le phubbing a fait parler de lui. Preuve en est, François Hollande avait "décidé qu'il n'y aurait plus de portables au Conseil des ministres", comme l'annonçait le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll en avril 2014. Il faut dire que cette pratique peut agacer : quelle réaction avoir lorsque vous vous adressez à une personne qui ignore vos propos, s'intéressant plus à ce qui se passe sur son écran de téléphone ?

Vers un isolement social ?

Cette incivilité nuit ainsi aux liens sociaux, les interactions avec le monde réel devenant de plus en plus limitées. C'est notamment le cas pour les individus accros à leur portable, ne parvenant pas à déconnecter, de peur de manquer un SMS, un mail ou une notification (on parle alors de nomophobie). Ainsi le phubbing est-il perçu par certains spécialistes comme un véritable danger. "C'est dramatique ! On n'a plus de relation sociale, amicale ou familiale", estime l'addictologue Gérard-Yves Cathelin, contacté par La Montagne. D'autres le voient comme une pratique banale liée à l'évolution des moeurs. "Il y a quelques années, c'était perçu comme une incivilité. Plus aujourd'hui : c'est une nouvelle manière d'être au monde", expliquait Cédric Biagini, auteur du livre "L'Emprise numérique. Comment internet et les nouvelles technologies ont colonisé nos vies" au site de L'Obs en 2014.

Un tue-l'amour ?

Le phubbing, en plus de nuire dans les relations sociales ou professionnelles peut interférer dans les relations amoureuses. Interrogé par LCI en mars 2018, Samuel Dock, psychologue clinicien, estime que "l'abus de smartphone questionne l'intimité du couple et le fait que chacun a bien un espace d'existence délimité." De son côté, l'addictologue Gérard-Yves Cathelin pointe du doigt un autre problème : "15 % des couples sont prêts à répondre à leur téléphone pendant une relation sexuelle." De quoi séparer plus que rapprocher...

Des moyens de lutte ?

Certains tentent de venir à bout du phubbing. Ainsi, comme révélé par Les Inrockuptibles, le Salve Jorge Bar de São Paulo (Brésil), a trouvé la solution : il sert ses boissons dans un verre ne pouvant tenir en équilibre que lorsqu'un smartphone est placé sous son pied. De même, le site anglais stopphubbing.com, a vu le jour pour lutter contre cette pratique, proposant aux internautes des statistiques et des infographies amusantes mais inquiétantes.

Reste qu'un peu de bon sens et de volonté s'avèrent probablement la meilleure solution pour pallier ce manque de civisme, qu'il soit volontaire ou non.

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